L’huile de coprah

23 mars 2020

L’huile de coprah

#INNUTSWETRUST s’intéresse dans cet article à l’huile de coprah après avoir traité spécifiquement de l’huile de noix de coco. Notre objectif reste identique : « responsabiliser le consommateur sur ses choix de consommation ».

Définition

Les principes de bases de la noix de coco ont été largement abordés dans notre précédent article : https://innutswetrust.fr/huile-de-noix-de-coco/ 

Plusieurs noms communs renvoient à l’huile de coprah à savoir : huile de coprah, beurre végétal de coprah, huile de coprah RBD (raffinée, blanchie et désodorisée)

L’huile de coprah : principaux usages

L’huile de coprah est très utilisée pour confectionner les savons, shampoings, cosmétiques, détergents, peintures et produits pharmaceutiques. Elle est également utilisée dans la fabrication d’huiles végétales (margarine et/ou végétaline) ainsi que dans des préparations alimentaires. Cette huile possède de nombreuses propriétés mécaniques dont la capacité de rester à l’état solide jusqu’à une température de 25 degrés Celsius. Enfin, l’huile de coprah raffinée n’as pas l’odeur ni le goût de la noix de coco.

Comme l’huile de coco, l’huile de coprah est produite à partir du même fruit, mais cette fois-ci via l’albumen séché et non frais de la noix de coco. L’huile obtenue est impropre à la consommation car elle contient :

  • des spores fongiques (corps fructifère des champignons)
  • des particules de poussières
  • des insectes
  • de la matière fécale d’origine animale

L’huile de coprah brute est par conséquent raffinée. En effet, des filtrations successives sont appliquées avant de monter l’huile en température dans le but de la désodoriser et d’éliminer l’ensemble des pathogènes (germes, bactéries qui peuvent causer des maladies). Ensuite, l’ajout d’hydroxyde de sodium permet d’éliminer les acides gras libres.

Dans certains cas, il est important de noter que l’huile obtenue peut être hydrogéner de manière à saturer l’ensemble des acides gras et rallonger la durée de conservation du produit.

L’huile de coprah : composition

Rappel de la définition d’un acide gras. Il s’agit d’un acide carboxylique à chaîne aliphatique. Pour faire simple, c’est une molécule comprenant un groupement d’atomes (carbone, hydroxyle, oxygène) dont les composés sont non-aromatiques (hydrocarbures).

L’huile vierge de coprah contient beaucoup d’acides gras saturés (85%) dont :

  • 40 à 50 % d’acide laurique : acide gras à chaîne moyenne, hypercholestérolémiant (participe à l’augmentation du taux de cholestérol sanguin)
  • 16 à 20% d’acide myristique : acide gras à chaîne moyenne, hypercholestérolémiant
  • 7% d’acide palmitique : acide gras très courant chez les plantes et animaux (dans les laits maternels)
  • 6% d’acide caprique : acide présent également dans le lait de divers mammifères dont les chèvres (d’où son nom)
  • 5% d’acide caprylique : acide gras à chaîne linéaire

Elle contient également des acides gras mono-insaturés dont :

  • 5 à 8% d’acide oléique : il s’agit d’un des acides gras les plus abondants dans la nature (Oméga 9)

Enfin, elle contient des acides gras poly-insaturés à savoir :

  • 1 à 3% d’acide linoléique (Oméga 6) et acide alpha linoléique (Oméga 3)

Production

Près de 3 millions de tonnes par an d’huile de coprah est produite (FruitTrop, 2011).

L’Asie est la principale zone géographique de production soit près de 80% de la production mondiale. De manière plus précise on retrouve parmi les principaux pays producteurs, l’Indonésie, les Philippines et l’Inde (Cirad, 2007).

On note également des productions sur le continent Africain, dans la zone des Caraïbes ainsi qu’en Océanie

L’huile de coprah, une bonne idée ?

Nous l’avons déjà évoqué dans l’article dédié sur la noix de coco, mais voici un petit rappel du contexte :

Dans le conscient collectif, la noix de coco est belle, blanche (pure) et fraîche. Il est donc légitime de se poser la question suivante : « est-ce que l’huile de coprah, produit dérivé de la noix de coco est sain ? et sur quel(s) plan(s) ? » 

Etat des lieux : son impact sur la santé et l’environnement

D’un point de vue nutritionnel, ses intérêts sont controversés à savoir :

  • Huile à forte composition en acides gras saturés et grande stabilité face à l’oxydation
  • Présence d’agents antibactériens

D’ailleurs, ces points sont largement développés dans la fiche dédiée à l’huile de coco 

Sur le plan de la fabrication, les procédés de raffinage et d’hydrogénation de ces huiles sont également très décriés par les autorités sanitaires à savoir :

  • Contaminants à base de glycérol qui sont générés lors de certains « process » de transformation des aliments. On note les esters glycidiques d’acides gras (GE), 3-monochloro-propanol-1,2-diol (3-MPCD) et 2-monochloro-propanol-1,2-diol (2-MPCD). Ils sont considérés comme génotoxiques et cancérigènes par l’EFSA (CONTAM, 2016).
  • Dégommage: l’huile subit un dégommage à l’acide phosphorique à 75% (0,1 à 0,3% ajoutés – Kartika, 2005) pour éliminer les phospholipides non hydratables.
  • Libération d’ions phosphate (dont les 2/3 sont éliminés dans l’urine). On ne note pas de conclusion sur l’effet cancérogène ou génotoxique, mais une action irritante voire corrosive sur le tractus respiratoire et les cellules épithéliales de l’animal (INRS, 2011)
  • L’hydrogénation en fin de processus aboutit à l’obtention d’acides gras saturés pour prolonger la conservation de l’huile. Les acides gras « trans » (AGT) associés à une augmentation du risque cardiovasculaire, avec une augmentation de la concentration de LDL dans le sang (ANSES, 2005).
  • Cosmétiques : utilisée pour synthétiser les bases lavantes (tensioactifs) des shampoings contenant des composés éthoxylés irritants. La décomposition de ces substances en composés sont toxiques, cancérigènes et bioaccumulables (Centers for Disease Control and Prevention – CDC, 2009)

Enfin sur le volet environnemental, la pression est de plus en plus forte pour faire face à la demande. Nous avons largement abordé le sujet des cultures de « noix de coco » dans l’article ci-après : https://innutswetrust.fr/huile-de-noix-de-coco/

Réglementation et recommandations

Au delà des procédés de fabrication et de manière générale, l’utilisation d’huiles végétales hydrogénées est très décriée. On peut néanmoins citer des perspectives d’évolution au niveau de la réglementation à savoir :

  • L’apport lipidique recommandé si situe autour de 35-40% de la ration alimentaire journalière dont moins de 12% d’acides gras saturés
  • Obligation d’étiquetage de l’origine de la matière grasse végétale et de mention du qualificatif « partiellement hydrogénée » ou « totalement hydrogénée » selon le cas (règlement CE n°1924/2006). De plus la quantité d’acides gras saturés doit être indiqué sur l’étiquette nutritionnelle du produit.
  • L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent respectivement une consommation « aussi faible que possible » et inférieure à 1% de l’apport énergétique journalier
  • La Food and Drug Administration (FDA) reconnait en 2005 que « l’utilisation d’huiles partiellement hydrogénées dans l’alimentation humaine n’est généralement pas reconnue comme étant sans risque »
  • Il n’y a pas de réglementation légiférée par l’Union Européenne mais plusieurs pays ont limité légalement la quantité d’acides gras « trans » (AGT) dans les produits alimentaires
  • Le Danemark, l’Autriche, la Lettonie et la Hongrie ont limité à 2% la teneur en AGT des huiles et matières grasses
  • Le Sodium Lauryl Sulfate est très irritant et est le point de référence des contrôles de tolérance cutanée
  • Le Laureth Sulfate moins irritant mais polluant donc interdit également dans le cahier des charges biologiques
  • Le Sodium Laureth Sulfosuccinate est un polluant mais autorisé par Ecocert/Cosmebio. On ne note pas d’autorisation par le BDIH (Union fédérale allemande des entreprises industrielles et commerciales pour les médicaments, les produits diététiques, les compléments alimentaires et les soins corporels)

Perspectives d’évolution

  • Les données sont insuffisantes pour établir un seuil de sécurité pour le 2-MCPD (EFSA, CONTAM, 2016)
  • Dose journalière tolérable (DJT) de 0,8 microgr/kg de poids corporel/jour, pour le 3-MCPD et ses esters d’acides gras (EFSA, CONTAM, 2016)
  • L’exposition moyenne au 3-MPCD pour les tranches d’âges jeunes (jusqu’à 18 ans) dépasse la (DJT) et représente un danger sanitaire potentiel
  • Existence d’une huile de coprah BIO labellisée AB : démucilagination à l’eau (on élimine la substance visqueuse extraite des végétaux) et à l’acide citrique (versus utilisation d’acide phosphorique pour l’huile de coprah conventionnelle)

Aussi, la pression sur l’environnement liée aux cultures étant de plus en plus forte, on note éléments clés suivants :

  • Les marques « Scamark, Herta, Davigel, Thiriet et Unilever » s’engagent en 2012 à supprimer totalement l’utilisation de matières grasses hydrogénées ou partiellement hydrogénées, à réduire ou maintenir un seuil maximal d’AG trans.
  • Dans le cadre du Plan National Nutrition Santé (PNNS) en 2011, 27 entreprises s’engagent à augmenter la teneur en acides gras insaturés ou à maintenir une teneur limitée en acides gras.
  • L’ANSES souligne que « la présence dans les aliments d’AG trans d’origine technologique se limite à un intérêt techno-fonctionnel » et recommande une diminution de l’utilisation de ces acides gras mis en oeuvre par les industriels.
  • Utilisation de singes dressés en Thaïlande pour aller chercher les noix de coco avec une productivité dans certains cas de 1000 noix/jour (CIRAD, 2011)

L’huile de coprah : utilisation

Son utilisation est à dissocier de celle de la cosmétique, les usages étant différents.

Domaine de la cosmétique

L’huile de coprah est principalement utilisée dans l’industrie cosmétique dans le cadre de la confection de savons. Sur le plan cutanée les bienfaits sont quasiment inexistants tant la matière première est dénaturée. En savonnerie, cette huile permet de réaliser des savons de bonne duretée avec une mousse stable (en lien avec la forte concentration d’acide laurique).

Il existe néanmoins des solutions de substitution :

  • L’huile de babassu (ou huile de cusi, est une huile végétale jaune clair extraite des graines de palmier babassu) et le beurre de tucuma (fruit d’une espèce de palmier dont on extrait le beurre des fèves pressées) ont une composition similaire.
  • Les beurres de cacao et kokum (les graines des fruits de cet arbre sont utilisés par fabriquer le beurre) sont riches en acide stéarique. Ils peuvent être des substances de substitution même si le pouvoir lavant est moins efficace
  • Utilisation du Sodium de coco sulfate, de Disodium cocoyl glutamate ou de coco glucoside comme les bases lavantes alternatives, moins irritantes et avec des alertes sanitaires nettement plus faibles (ADEME, 2005)
  • La Compagnie des Sens argumente en faveur de l’utilisation de l’huile vierge de coco, de noyaux d’abricot et d’avocat
  • De plus en plus de marques de cosmétiques prônent une cosmétique intégrant des ingrédients bio ou le moins traités possible
  • La marque Weleda promeut l’utilisation de Disdium cocoyl glutamate comme tensioactif dans ses shampoings

Domaine de l’industrie agroalimentaire

Il existe également de nombreuses alternatives dans ce domaine à savoir :

  • Huile de coco vierge
  • Beurre de cacao
  • Combinaisons de plusieurs huiles végétales avec des antioxydants et/ou épaississants
  • Fibres d’agrumes mentionnés par des industriels

Des marques s’organisent pour proposer des solutions de substitution :

  • Bjorg remplace l’huile de palme et de coprah par une combinaison d’huile de tournesol avec des épaississants et/ou antioxydants pour améliorer la texture
  • Casino a mis au point une recette faisant avec une combinaison d’huile de tournesol, de beurre de cacao et d’huile de coco dans sa pâte à tartiner Noisette
  • Agrotec a mis au point une recette de pâte à tartiner avec une fibre d’agrume comme texturant à la place d’huile de palme ou de coprah
  • Findus met au point en 2009 un procédé de friture avec des huiles de colza et tournesol, élevée à « faibles » températures pendant plus de temps que le procédé classique à l’huile hydrogénée ou partiellement hydrogénée

NB : la surgélation est plus forte car les huiles de palme et coprah cristallisent rapidement

Conclusion

Vous l’avez compris, l’huile de coprah est surtout utilisée dans le domaine de la cosmétique compte tenu de ses propriétés techniques intéressantes pour les industriels. Elle reste néanmoins un produit fortement transformé et très impactant sur le volet environnemental.

 Nous recommandons par conséquent de :

  • Privilégier des produits au label BIO et/ou issus du commerce équitable
  • Dans le domaine de la cosmétique, privilégier les produits à base d’huile de coco

 

Sources :

  • Asian Pacific Coconut Community (APCC), 2018
  • Association française des diététiciens et nutritionnistes (AFDN), 2015
  • Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Les acides gras trans, 2016
  • Center for Disease Control and Prevention (CDC), 2009
  • Comptoir Français Interchimie. Fiche de données de sécurité. Huile de coprah raffinée, 2013
  • Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Revisited safe intake for 3-MCPD in vegetable oils, 2018
  • Eyres, L et al. Coconut oil consumption and cardiovascular risk factors in humans. Nutrition Reviews, 2016
  • Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), FAOSTAT, 2014
  • Gerbaud, P et al. La noix de coco. FruitTrop, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), 2011
  • Hardvard T.H. Chan. School of Public Health. Food Features. Coconut Oil, 2017
  • Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), 2016
  • Institut nationale de rechercher scientifique (INRS). Huile de noix de coco, 2011
  • Oléagineux, Corps Gras, Lipides, Huile de coco, 2000
  • Morin, O et al. Huiles et corps gras végétaux. Oilseeds and fats, Crops and Lipids (OCL), 2012
  • Philippine Coconut Authority, 2019
  • Prades, A. Dossier Cocotier, CIRAD, 2018
  • Safety Data Sheets. University of Maryland, 2017
  • United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD). Nucleus of Change : Sustainable coconut (oil) production in the Philippines, 2017

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