L’huile de palme

23 août 2019 | publications

#INNUTSWETRUST s’intéresse aujourd’hui au fruit (graine) du palmier (arbre – Elaeis guineensis), précurseur nécessaire à la fabrication de l’huile de palme. Toujours dans la continuité de nos précédents articles, on dresse ici un portrait des principaux éléments à connaitre sur cette matière première très controversée. Le but est toujours le même : donner des éléments pertinents et objectifs au consommateur afin de motiver ses choix lors de ses futurs achats. #CONSOMMERRESPONSABLE

Définition et production

L’huile de palme est une huile végétale extraite par pression à chaud de la pulpe (mésocarpe) des fruits du palmier à huile. Ce dernier est originaire du continent Africain (partie tropicale) dont est aussi tirée l’huile de palmiste (à ne pas confondre avec l’huile de palme), puisque celle-ci est extraite du noyau des fruits. D’ailleurs, les graines sont séchées puis pressées et l’huile résiduelle est souvent extraite à l’aide d’un solvant, l’hexane (souvenez-vous, nous avons déjà parlé de ce solvant dans nos articles comme : https://innutswetrust.fr/houston-on-a-un-probleme/)

Les coûts de production de cette huile sont faibles et son taux de rendement agricole est 6 fois plus élevé que l’huile de colza et 2 fois plus élevé que l’huile d’olive.

Pour la petite histoire, l’usage de l’huile de palme n’est pas nouveau. Il date d’ailleurs de plusieurs milliers d’années (environ 5000 ans) dans un cadre alimentaire et médicinal où plusieurs campagnes de fouilles archéologiques égyptiennes vont en ce sens (Kenneth F.Kiple, A Movable Feast : Ten Millennia of Food Globalization, Cambridge University Press, 2007, p.57). Originaire des forêts tropicales de l’Afrique de l’Ouest, les palmiers à huile sont exploités localement dans un premier temps avant d’être importés et introduits en Egypte par des commerçants arabes (B.A. Ndon, The Oil Palm, Concept Publications, 2006, p. 248-250) et au Brésil par des colons portugais au 15ème siècle (F.I. Obahiagbon, « A Review : Aspects of the African Oil Palm (Elaeis guineesis Jacq.) », American Journal of Biochemistry and Molecular Biology, 2012, p. 1-14).

Composition

L’huile est semi-liquide à température ambiante et son point de fusion (température à une pression donnée, à laquelle un élément pur ou un composé chimique passe de l’état solide à l’état liquide) se situe entre 37 et 40 degrés.

L’huile de palme contient des acides gras saturés (49,3 g) dont :

  • 43,5 g d’acide palmitique : constitue l’un des acides gras saturés les plus courants chez les animaux et les plantes
  • 4,3 g d’acide stéarique : acide gras à chaîne moyenne (il sert industriellement à la confection d’huiles, bougies et savons)
  • 1 g d’acide myristique : un des acides gras les plus hypercholestérolémiants connus
  • 0,1 g d’acide laurique : un des acides gras les plus hypercholestérolémiants connus

Elle contient également des acides gras mono-insaturés (37 g) dont :

  • 36,6 g d’acide oléique : il s’agit d’un des acides gras les plus abondants dans la nature (Oméga 9)
  • 0,3 g d’acide palmitoléique : constituant courant des glycérides dans les tissus adipeux humains
  • 0,1 g d’acide érucastique : on le trouve en forte quantité dans l’huile de camelin (plante oléagineuse)

Enfin, elle contient des acides gras poly-insaturés (9,3 g) à savoir :

  • 9,3 g d’acide linoléique (Oméga 6) et 0,2 g d’acide alpha linoléique (Oméga 3)

L’huile de palme contient  également de la vitamine E à hauteur de 15,94 mg/100gr ainsi que de la vitamine K à hauteur de 8 µg (microgrammes)

Marché

L’huile de palme est utilisée dans plusieurs domaines :

  • sous sa forme raffinée dans les produits alimentaires de type (margarine, confiseries, viennoiseries etc…)
  • 45 % des importations d’huile de palme dans l’Union Européenne sont destinés aux biocarburants
  • 23 % de l’huile de palme mondiale est à destination de l’industrie cosmétique

L’industrie cosmétique utilise des dérivés d’huile de palme, c’est à dire d’autres appellations, indiquées sur les étiquettes (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients – INCI) :

  • Elaeis guineensis
  • Palm oil
  • Ingrédients portant le suffixe -capryl / préfixes lauryl- / cetear- / palm- / stear- / dodec- / miryl-

Les principaux pays producteurs sont l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Nigeria et la Colombie (top 5 en 2013)

Portrait détaillé de l’huile de palme

Nous aborderons ici les principaux enjeux s’agissant de la production d’huile de palme.

Enjeu sanitaire

L’alerte sanitaire est faible quant à son utilisation dans les produits alimentaires à l’inverse du volet nutritionnel, où l’alerte est importante :

  • Au cours du raffinage (procédé industriel), l’huile perd de sa richesse en vitamine A et E
  • Sa teneur en acides gras saturés (55%) a pour effet d’augmenter le niveau du cholestérol de type LDL, HDL et des triglycérides augmentant également le risque d’obésité (Gosline, 2006)
  • Le rapport Oméga 6 / Oméga 3 est défavorable sachant que selon l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)  le ratio optimal est 5/1
  • L’huile est suspectée de participer aux troubles cardio-vasculaires chez l’être humain (Ministère de la santé, 2000)
  • Risque de cancer du sein (Etude épidémiologique auprès de femmes de la « Mutuelle générale de l’Education Nationale » – E3N, 2005)

Selon (Universiti Teknologi MARA, 2012), chauffer l’huile de palme rouge (non raffinée, ni traitée) au micro-ondes permet de mieux conserver les taux de carotène (provitamine A) que les autres modes de cuisson.

Pourtant sur le volet cosmétique, l’alerte sanitaire est inexistante

  • Alerte minimale (1/10) selon l’EWG (Environmental Working Groupe)
  • Aucune phrase de risque référencée au classement CLP (règlement relatif à la classification, à l’étiquettage et à l’emballage) de l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) – (2017)

Les industriels ont largement recours au procédé d’hydrogénation de l’huile de palme de manière à augmenter sa stabilité physique (même par fortes chaleurs). Ce procédé détruit les liaisons doubles de l’huile et en conséquence l’insaturation des acides gras d’où une formation d’acides gras « trans », associée dans ce cas à une augmentation du risque cardiovasculaire (ANSES, 2017)

Enjeu réglementaire

Actuellement, l’huile de palme n’est soumise à aucune réglementation ni à une quelconque limitation d’usage dans les cosmétiques. On ne note en effet, aucune réglementation dans les pays de l’Union Européenne, les Etats-Unis ou bien encore le Canada.

Sur le volet de la « transparence consommateur » et donc de l’étiquetage, il est important de souligner les points suivants :

  • Dans l’Union Européenne (UE), il n’y a pas de restriction réglementaire sur l’utilisation d’huile de palme ou d’acides gras saturés (AGS)
  • L’apport maximal recommandé en AGS est 12% de l’apport énergétique total (ANSES)
  • Obligation d’étiquetage des AGS pour les produits préemballés dans l’UE (réglementation en cours depuis 2011)
  • Pas de transparence dans l’étiquetage : l’huile de palme sous la catégorie « huile végétale »
  • Introduction d’une taxe au Danemark appliquée aux aliments (produits finis et de préparation) à teneur élevée en AGS à la hauteur de trois dollars par kilo (en vigueur depuis Octobre 2011)
  • Huile de palme durable (programme GreenPalm). Ce programme risque cependant d’être critiqué par l’organisation internationale, Greenpeace puisqu’il est considéré comme un encouragement de la consommation d’huile de palme et ne peut être considéré comme vraie solution.
  • L’industrie alimentaire belge s’engage sur un approvisionnement en huile de palme certifiée RSPO (table rounde sur l’huile de palme durable – organisation internationale) depuis 2015
  • Adoption de la taxe « Nutella » dans le cadre du budget de la sécurité sociale depuis 2013 (300 euros par tonne)
  • Depuis 2016, étiquetage obligatoire de l’huile de palme en Suisse

Enjeu environnemental

Ce volet est depuis quelques années très médiatisé puisque les enjeux environnements et sociaux sont très fort, directement liés à la déforestation ainsi qu’à la biodiversité. La mode est au « sans huile de palme » qui pourrait devenir une nouvelle tendance en Europe selon des analystes du marché. (Miranda Dickinson, Food Navigator, juillet 2012).

Au delà de ce constat, on note quelques initiatives prometteuses des concurrents :

  • Au niveau de l’environnement : objectifs d’approvisionnement en GreenPalm depuis 2015 (Carrefour, Leclerc, Delhaize, WalMart, Tesco, Nestlé, Unilever)
  • Au niveau nutritionnel : élimination progressive de l’huile de palme des produits (Saint-Michel, Findus, M&S, Casino et Monoprix)
  • Depuis 2012, le groupe Henkel s’engage à s’approvisionner en huile de palme certifiée (sur ses gammes de produits d’entretiens et cosmétiques)
  • La pression d’ONG, comme Greenpeace (campagne KitKat) ou WWF  : publication d’un benchmark des pratiques d’approvisionnement en huile de palme des industriels et distributeurs depuis novembre 2011
  • Engagement de Ferrero de s’approvisionner uniquement en huile de palme certifiée RSPO depuis 2014 (déjà le cas pour la marque Nutella depuis 2013)
  • Engagement de Krogger qui souhaite s’approvisionner à 100% en huile de palme durable d’ici 2015
  • Création de l’Alliance Française pour une huile de palme durable

Alternatives

Il existe aujourd’hui des alternatives à l’utilisation d’huile de palme. D’ailleurs des industriels comme Findus et Saint-Michel ou encore le groupe Casino, montrent l’exemple :

  • Suppression progressive de l’huile de palme par le groupe Casino (y compris dans ses magasins, Monoprix) pour des raisons nutritionnelles et environnementales avec 200 références disponibles lancées en 2010

On note toutefois un coût de substitution élevé pour certaines gammes de produits (lorsque la substitution se fait par du beurre). Cette dernière est également plus compliquée pour certains produits comme les pâtes à tartes ou encore les cônes de glaces.

Attention au mauvais équilibre nutritionnel du beurre avec une teneur en AGS élevé (63%) et faible en oméga-3 (1%) et oméga-6 (2%).

Dans les produits alimentaires, voici quelques substituts majeurs actuellement utilisés :

  • Huile d’olive (peut entraîner une variation de goût)
  • Beurre (mauvais équilibre nutritionnel)
  • Huile de colza hydrogénée (en utilisant le processus adéquat pour éviter la formation des acides gras « trans »)

Certains industriels développent des alternatives innovantes :

  • Groupe Soparind Bongrain (Corman) : mélange d’huile de colza et de beurre
  • Chez Rodriguez-Garcia (2012), la matière grasse des gâteaux peut-être remplacée par de l’inuline (il s’agit d’un glucide proche de l’amidon, qu’on trouve dans la racine de végétaux comme la chicorée ou le topinambour)
  • Sensient Food Colours Europe lance des couleurs naturelles sans utilisation d’ingrédients dérivés d’huile de palme (juillet 2012) : ces couleurs peuvent être vendues dans le domaine alimentaire mais aussi cosmétique
  • Brossart remplace l’huile de palme dans son marbré « Savane » par un mélange composé en majorité d’huile de colza, sans modifier le goût, l’aspect, ni le prix (Libre Service Actualités, magazine hebdomadaire professionnel consacré à l’analyse des tendances du commerce – LSA du 06/03/2014).

Dans les produits cosmétiques, on trouve également des substituts :

  • Rainett remplace l’huile de palme par des huiles de lin et de colza produites en Europe
  • L’huile de palme peut-être remplacée par d’autres huiles végétales  notamment l’huile de coprahhttps://innutswetrust.fr/huile-de-noix-de-coprah

Conclusion

L’huile de palme est une huile très bon marché, en terme de coût de fabrication, rendement et du fait de ses nombreuses utilisations dans les domaines de l’alimentation et de la cosmétique. En revanche, son profil nutritionnel est peu intéressant et surtout, cette huile participe à une très forte pression sur notre environnement. En tant que consommateur nous pouvons et devons motiver nos choix de consommation en toute connaissance de cause.

Maintenant, tu le sais ! #INNUTSWETRUST

Sources :

  • Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), « Les acides gras trans. » 2016
  • Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), « Les lipides. » 2019
  • Center for Disease Controle and Prevention (CDC). 2009
  • European Food Safety Authority (EFSA). Revisited safe intake for 3-MCPD in vegetable oils. 2018
  • LaNutrition. « Les Acides Gras, c’est quoi ? » 2018
  • Répertoire Général des aliments. Table de composition des aliments, Lavoisier-Tec et Doc Ed, Paris.
  • Terres Univia. Chiffres Clés. Oléagineux et plantes riches en protéines. 2017

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