Sport et corruption

12 avril 2022

Sport et corruption : le cas d’école Coca-Cola et CrossFit®

Compte tenu des risques sur la santé et des impacts sur l’environnement, on se pose maintenant la question de la légitimité d’une marque comme Monster, Redbull, Coca-Cola, Pepsi ou même Mcdonald’s en tant que sponsors d’événements sportifs voire d’athlètes. 

Partenaire de Tiger Woods dans le golf, de l’UFC (Ultimate Fighting Championship – l’organisation de MMA), de VTT de descente, de Moto GP et plus récemment de CrossFit, Monster Energy investit massivement et progressivement le sport dans le monde, essayant de concurrencer RedBull. 

Dans un premier temps, il est important de s’arrêter sur le bien que le « sponsoring » de marques comme Redbull ou Monster Energy, peuvent apporter au monde du sport, et en particulier aux athlètes. Vivre de son sport est un luxe qu’aujourd’hui finalement une minorité d’athlètes dans le monde peut se vanter d’avoir. Rien à voir avec les compétences techniques individuelles ou les facultés physiques qu’il faut avoir, le sponsoring est souvent corrélé à la médiatisation du sport. 

C’est le cas notamment avec les sports extrêmes comme le skydiving, sports de glisse, le MMA…autant de sports qui allient technicité extrême en plus d’une forme physique impressionnante.

Les marques comme Redbull ou Monster Energy ont ainsi permis l’émancipation voire la reconnaissance de ces sports en apportant une forte médiatisation pour le grand public. Grâce à cela, ce sont des dizaines d’athlètes sponsorisés qui permettent de vivre décemment de leur passion mais également des centaines de sportifs qui bénéficient de ce gain médiatique.  

Le monde du sport est cruel et très exigeant : même en arrivant au sommet de son sport, on n’est pas certain d’en vivre, en particulier dans un pays comme la France où seuls quelques sports sont professionnalisés. Les athlètes de haut-niveau en aviron, canoë, nageurs, coureurs…(liste très très longue) doivent travailler pour vivre, en plus de leurs entrainements quotidiens (voire biquotidiens). Par conséquent, à plus long-termes, ces athlètes doivent également réfléchir de quoi ils vivront après leur carrière sportive. 

 

Focus sur une minorité

Certains sportifs peuvent aujourd’hui vivre décemment le temps de leur carrière sportive, grâce aux prix lors des compétitions et éventuels partenariats. Mais une fois avoir raccroché les patins, les rames, les raquettes, les spatules…, il faut pouvoir assurer une subsistance. 

Mal accompagnés aujourd’hui dans certains pays, certaines carrières de sportifs sont parfois avortées trop tôt du fait d’études à continuer ou d’employeurs difficilement enclins à laisser leurs salariés s’entrainer toute la journée. 

 Des partenaires comme Monster Energy, Redbull et consort, peuvent ainsi avoir un rôle salvateur, pouvant proposer des sommes d’argent permettant au sportif d’assurer en partie ses arrières et son « après-carrière ». 

 C’est là que se heurte le gain financier versus l’éthique du produit ou de l’enseigne. 

 

La politique de Monster Energy

Monster Energy met aujourd’hui en marché des produits qui posent a minima question voire sont à risques pour la santé des consommateurs. En particulier dans le cadre d’une consommation régulière. D’ailleurs, s’agissant des boissons sportives au sens large, nous avons déjà publié un article en début d’année en plus d’un zoom sur la boisson Monster. 

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Pour les sportifs en quête perpétuelle de performance, on se demande même comment ils peuvent soutenir et consommer des produits qui peuvent leur nuire ? En prenant du recul pour voir la « big picture », ces athlètes vont ensuite véhiculer une image, porter un message au nom de la marque pour faire de la publicité pour des produits nuisant à la santé de leur consommateur et ce, au monde entier (en tout cas à minima, directement aux personnes qui les suivent). C’est là où les sportifs mais également les fédérations et les pouvoirs publics ont un immense rôle à jouer dans la préservation de la santé publique globale. Nous avions d’ailleurs, déjà évoqué il y a quelques années, cette notion de responsabilité chez le sportif dans un article dédié ou plus récemment avec le cas de la gamme de complément de Sissy.

Rôle qui jusqu’ici n’est pas du tout réalisé ni même assumé. Nous n’aurions sinon pas Coca-Cola ou Mcdonald’s comme partenaires privilégiés de plus grandes manifestations sportives dans le monde. 

Il y a ainsi ici une vraie perte de sens : les marques qui font le plus de mal à notre santé (les sodas, les fastfoods, les produits ultra-transformés en général) sont également celles qui ont le plus d’argent et qui militent le plus pour paradoxalement « protéger notre santé ». Ces marques continuent de vendre des produits qu’on pourrait qualifier de toxique pour notre santé, tout en s’achetant une virginité en sponsorisant du sport. C’est beaucoup plus facile de donner de l’argent que de proposer des produits réellement sains, réalisés dans le respect des droits humains et de la planète. 

Ces grandes enseignes vont même jusqu’à militer et à sponsoriser la recherche contre l’obésité… C’est là qu’on se heurte au vrai problème de fond, la corruption. 

Sport et Corruption : focus sur le CrossFit®

Cette corruption est l’un des piliers de la campagne de dénonciation des grandes entreprises de sodas aux Etats-Unis par Greg Glassman, l’ancien propriétaire de la marque Crossfit LLC. Son slogan “Why You Should Worry About Coca-Cola More Than Opioids” (Pourquoi vous devriez vous inquiéter davantage du Coca-Cola que des opioïdes) est même presque devenu un slogan de la marque. 

En 2016, Glassman a même pris la parole au Capitole pour demander au Congrès d’empêcher les sociétés de soda d’influencer la recherche médicale. Les recherches universitaires financées par des entreprises comme Coca-Cola et PepsiCo, ont sans doute conduit à des directives de santé fortement biaisées et peu fiables. La voix de Glassman s’est également élevée contre les projets de loi sur les licences de fitness aux Etats-Unis. Il critique le projet « Exercise is Medicine », l’initiative commune de Coca-Cola et de l’ACSM (l’American College of Sports Medicine – qui délivre une certification de coach spécialisés sur l’aspect scientifique des exercices sportifs). 

L’objectif est de mettre en place un réseau d’entraineurs certifiés par l’ACSM avec une couverture complète des entraînements par les assurances. Le problème c’est que seul l’initiative EIM peut accréditer des coachs et des programmes et bien évidemment, la certification CrossFit est exclue. 

Une étude parue dans l’American Journal of Preventive Medicine expose l’utilisation par PepsiCo et Coca-Cola de l’American College of Sports Medicine et d’autres organisations prétendument dédiées à la santé publique. Les auteurs Daniel Aaron et Michael Siegel, de l’Université de Boston, ont dressé une liste de 96 organisations financées par Coca-Cola et/ou PepsiCo entre les années 2011 et 2015.  

Ils concluent que l’ACSM, les Centres de contrôle et de prévention des maladies et les Instituts nationaux de la santé sont devenus les « partenaires qui contribuent à la stratégie marketing de l’entreprise ». 

 US News et World Report ont également couvert le partenariat entre la National Strength and Conditioning Association (un autre organe états-unien délivrant des certifications d’entraineurs personnels) et PepsiCo. 

De manière très concrète, cela veut tout simplement dire que les coachs CrossFit ne pourraient pas donner des conseils sur la nutrition ou la santé à leurs adhérents et que ces derniers ne pourraient pas être assurés en suivant ces programmes. Cela reviendrait à dire que les coachs CrossFit ne pourraient pas pratiquer sans être finalement, dans l’illégalité. Coca-Cola et PepsiCo pourraient à terme faire la pluie et le beau temps sur le monde du sport mais également sur celui de la santé. 

Le rapport avec Monster Energy, Coca-Cola et le CrossFit®

Monster Beverage Corporation est aussi partiellement détenue par la société Coca-Cola, qui détient aujourd’hui 19,36 % de la marque. Récemment, Monster Energy et CrossFit ont signé un partenariat pour un sponsoring des CrossFit Games (l’équivalent des championnats du monde de CrossFit) ainsi qu’avec une dizaine d’athlètes de renommée internationale. Les défenseurs des valeurs de la marque CrossFit, les affiliés qui possèdent des salles partout dans le monde ou même les adhérents peuvent ainsi se sentir perdu entre les valeurs de l’entité et la signature d’un tel partenariat. 

Le monde du sport et les athlètes ont effectivement besoin d’argent. 

Il est triste néanmoins de faire la promotion de produits qui représentent l’inverse des valeurs d’intégrité ou de santé. 

Maintenant, tu le sais 

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