Yfood, solutions de repas prêtes à boire ou manger

28 février 2022

Yfood, solutions prêtes à boire ou à manger

Depuis quelques temps, on voit émerger sur les réseaux sociaux une nouvelle marque, Yfood, proposant des solutions repas prêtes à boire, prêtes à manger et/ou prêtes à diluer. 

Sur le papier, Yfood semble être LA solution parfaite :  

  • Un nutriscore A 
  • « 166 effets bénéfiques » 
  • Des ingrédients « top qualité » 
  • « Tous les nutriments essentiels » réunis dans un seul produit
  • Et en plus c’est « bon pour l’environnement » 

 La marque n’hésite même pas à conclure « 100 % avantage, 0 compromis ».  Avec un slogan et un marketing pareil, on espère que les produits sont AU MOINS parfait. 

 « Spoiler alert », aucun produit (ni aucune marque) ne l’est : on te décrypte tout de suite cette marque. 

Composition des produits

Commençons par retourner les produits au très jolis « emballages » pour s’intéresser directement à l’étiquette nutritionnelle et leur composition réelle. L’ensemble des produits a été analysé, mais pour des soucis de clarté, nous ferons un focus sur 3 références : une boisson végane, une poudre et une barre. 

wdt_ID Boisson Poudre Barre
1 Eau, protéines de soja, huiles végétales (colza, tournesol), fibre solubles de maïs, maltodextrine, fibres d‘avoine sans gluten, amidon de tapioca, poudre de riz (farine de riz, amidon de riz, sirop de riz), vitamines (A, C, K, B1, B3, B5, B6, acide folique, B12), sels minéraux (potassium, chlorure, calcium, magnésium, zinc, manganèse, sélénium, chrome, molybdène, iode), émulsifiant lécithines (soja) ; amidon de maïs, édulcorant sucralose ; stabilisant gomme de caroube, gomme gellane ; arômes naturels. Protéines de lait, huiles végétales (tournesol, colza), fibres de racine de chicorée, lait de coco, fibres d‘avoine sans gluten, poudre de banane 0,2%, vitamines (A, C, D, E, K, B1, B3, B5, B6, acide folique, biotine), sels minéraux (potassium, magnésium, fer, zinc, cuivre, manganèse, sélénium, chrome, molybdène, chlorure, iode), amidon modifié, maltodextrine, édulcorant sucralose ; arômes naturels. Fibres de maïs solubles, protéines de lait, chocolat au lait entier 19 % [édulcorant maltitol ; beurre de cacao, lait écrémé en poudre, pâte de cacao, fibres de racine de chicorée, beurre clarifié, émulsifiant lécithine (soja) ; arôme naturel], humectant glycérine végétale ; beurre de noisette 8,4 %, noisettes 6,9 %, farine de riz, édulcorant maltitol, pâte de cacao, beurre de cacao, fibres de racine de chicorée, cacao maigre, vitamines (A, D, E, K, B1, B2, B3, B5, B6, acide folique, biotine, B12), minéraux (potassium, magnésium, fer, cuivre, manganèse, zinc, chlore, iode), émulsifiant lécithine (soja) ; édulcorant glycoside de stéviol ; sel, arômes naturels.

Premier constat : nous sommes en présence de produits ultra-transformés. 

L’objectif de cette société est de faire tenir un repas dans une boisson ou une barre. Elle doit ainsi mettre toutes les vitamines, nutriments et calories d’un vrai repas dans une petite portion. Pour les boissons, on trouve une base liquide de lait (ou d’eau pour les produits vegans) pour faire le volume. Les protéines sont apportées par des protéines laitières pour les produits conventionnels et par des protéines de soja, pour les recettes vegan. 

Ensuite, on retrouve des fibres de maïs ou de chicorée comme texturant dans le produit. Pour sucrer, on remarque la présence d’amidons de riz et de tapioca. L’entreprise met ensuite son cocktail de vitamines et minéraux Et enfin, l’ajout d’édulcorants intenses de synthèse pour ajouter un gout sucré acalorique. 

 Pour les poudres et barres, la base est très similaire. Compte tenu du fait qu’on est sur des produits secs, il y a aura de fait moins de « liquide » dans les produits et plus de fibres pour structurer les formulations. 

 

Yfood, solutions de repas : volet nutritionnel

En soit, les formulations sont relativement bien équilibrées sur le papier. On observe un apport de 500 kcal par repas, avec la présence de protéines, de glucides, de fibres et de vitamines & minéraux. 

Le problème vient plutôt de la portion en elle-même. En effet, nous sommes véritablement TOUS différents : nous n’avons pas le même métabolisme de base, la même taille, les mêmes dépenses énergétiques, etc. (la liste est longue).

Réaliser ses propres repas permet d’avoir l’apport énergétique le plus juste par rapport à nos besoins réels. Boire une solution toute faite, c’est la garantie à terme de carences ou d’excédents caloriques en fonction encore une fois, de sa taille, de son poids et de son activité physique. Cela reviendrait à suivre un programme diététique réalisé par une/un médecin nutritionniste ou une/un diététicien(ne), mais copié/collé sur d’autres personnes. Ça n’a tout simplement pas de sens. 

L’entreprise utilise également des « ingrédients crackés » : des ingrédients fractionnés en composés plus petits. Ils diminuent la qualité nutritionnelle des produits – tout en pouvant également nuire à la santé. Par exemple : riz cracké en amidon, sirop, farine…etc. 

Vitamines

Ajout de beaucoup de vitamines et minéraux. En soit, nous en avons besoin MAIS pas sous n’importe quelle forme. Pour la vitamine D par exemple, la forme D3 est à privilégier car beaucoup plus efficace (mais aussi pas la moins chère du marché). Même chose avec la vitamine B12, indispensable mais sous la bonne forme. La cyanocobalamine est la forme synthétique de la B12 et la forme la moins chère sur le marché mais a une mauvaise biodisponibilité voire présente des risques pour la santé, notamment à cause de la présence de cyanure dans sa composition. 

Minéraux 

Les apports en magnésium et zinc s’avèrent très intéressants mais seulement sous certaines formes. Autrement, on a une mauvaise assimilation de ces minéraux voire certains risques pour la santé – notamment le cas avec les minéraux phosphatés très problématiques pour nos reins ou notre système cardio-vasculaires. 

 

Volet santé

Une des problématiques majeures avec ce type de produits – et ce n’est pas vrai que pour Yfood – c’est qu’en se concentrant seulement sur l’axe nutritionnel, les entreprises oublient les conséquences sur notre santé. 

Protéines utilisées

Qu’elles soient laitières ou végétales, elles nous posent questions sur leur innocuité. L’entreprise ne communique absolument pas sur la qualité de ces ingrédients-ci. Sur les protéines laitières, il y a ainsi un très fort risque d’être en présence d’un déchet de l’industrie fromagère.  

À cause des procédés chimiques et thermiques, les protéines de la whey peuvent être ainsi dénaturées. Les acides aminés sont moins bien dégradés dans notre organisme, et donc moins bien voire pas du tout absorbés. L’utilisation de peroxyde de benzoyle (ou autre agent blanchissant) dans un produit alimentaire peut également nuire à notre santé.  

L’utilisation de protéines végétales conduit à l’ingestion d’anti-nutriments plus ou moins bien dégradés en fonction de la qualité des procédés de transformation. Sans communication de la part de la société, on est en mesure de penser que rien n’est réellement fait ni même pris en compte. Notamment la présence d’isoflavones, composés perturbateurs endocriniens, dans le soja.

Autres ingrédients

On retrouve du Fer, du Cuivre et du Manganèse dans les compositions. 

Ce sont des éléments dont notre corps a besoin mais qui, dans des compléments alimentaires ou substituts de repas peuvent s’avérer dangereux, en particulier quand ils sont sous forme « libres ». Ces minéraux peuvent exercer des effets oxydants, entretenant ou aggravant des inflammations. Les conséquences sur notre santé sont particulièrement problématiques : augmentation du risque de cancer, de maladies cardiovasculaires ou auto-immunes, inflammations de l’appareil digestif… 

Yfood ne mentionne encore une fois pas du tout les formes utilisées, seulement la quantité des minéraux. 

Édulcorants

Enfin, Yfood utilise des édulcorants intenses de synthèses, comme le sucralose. Au mieux ces additifs sucrants provoquent des troubles de la régulation de glucose voire facilite la prise de poids.  Au pire, c’est un cancérigène probable et un perturbateur du système immunitaire… 

Volet environnemental

Yfood communique sur le fait que ses matières premières viennent le plus possible d’Europe, sans ne communiquer toutefois ni l’origine spécifiquement des pays, ni même les volumes.  C’est une chose de s’approvisionner « en Europe », s’en est une autre de savoir spécifiquement où et surtout COMMENT la matière première a été produite.

Oui, l’endroit est important pour éviter du transport mais c’est surtout la manière de produire, l’utilisation irraisonnée d’engrais ou de pesticides qui sont les facteurs les plus problématiques pour le climat ou la biodiversité. 

Recyclage

Yfood intègre de la matière recyclée dans ses emballages. Certains de ces emballages sont 100 % recyclables, c’est le cas des bouteilles – mais comme tous les plastiques durs. Les poches plastiques pour les poudres et les emballages autour des barres ne sont à date pas encore réellement intégrés dans les filières de tri et encore moins de recyclage. 

Le problème n’est finalement pas l’emballage mais l’utilisation du produit en lui-même. C’est l’utilisation du produit qui doit être rationalisé et repensé pour minimiser l’impact sur l’environnement. 

Yfood propose des portions individuelles emballées dans des packagings à usage unique. Même recyclables (et ils ne le sont pas tous), cela génère des quantités monstrueuses de déchets ! 

Empreinte environnementale 

Yfood se dit vouloir réduire son empreinte environnementale, ce qui est honorable. L’entreprise souhaite ainsi atteindre la neutralité carbone. Or, d’après l’Accord de Paris, la neutralité carbone n’est pas possible pour un acteur individuel – c’est un équilibre à trouver sur l’ensemble des écosystèmes sur le globe. Dire qu’on veut être ou qu’on est neutre en carbone est faux : c’est du greenwashing 

Compensations

Enfin, la société fait des actions de compensation en mettant en place un partenariat pour reboiser des forêts au Nicaragua. Bien que le projet semble intéressant, cela n’a tout simplement pas de pertinence pour Yfood. La compensation doit intervenir sur la propre chaine de valeur de l’entreprise : il n’y absolument aucun sens à envoyer de l’argent pour planter des arbres à l’autre bout du monde.

Travailler pour améliorer les cultures pour produire de la meilleure manière les ingrédients Yfood, aurait beaucoup plus de sens 

La compensation est aujourd’hui utilisée à tort et à travers comme argument faussement magique pour dire qu’on fait attention à la planète : c’est également ici une autre forme de greenwashing. 

 « Au moins on fait quelque chose, on fait notre part » : c’est ce qu’on pourrait nous rétorquer. NON. A partir du moment où on met en circulation des produits avec des impacts négatifs (voire très négatifs) sur l’environnement et la santé de son consommateur on DOIT prouver qu’on fait tout ce qu’on peut pour diminuer ces risques. 

Compenser des projets à l’autre bout du monde n’est pas une solution, tout comme de dire qu’on « essaye » de choisir des ingrédients en Europe. 

Il faut faire bien ou ne pas faire du tout. 

Volet social et éthique

Dernier volet en général un peu laissé de côté. Comme nous ne savons pas d’où viennent précisément les ingrédients, on ne sait pas non plus qui a participé aux récoltes pour les obtenir. Tous les pays européens ne protègent pas aussi bien les travailleurs qu’en France. Même en Europe, on peut avoir un droit du travail pas ou peu appliqué par des entreprises pouvant mettre en dangers leurs salariés, producteurs, éleveurs, etc. Et c’est encore plus vrai dans des pays plus lointains sans vrai code du travail. 

Il n’y a aucune transparence ou traçabilité des pratiques communiquée par Yfood : il y a ici un vrai risque que des travailleurs aient été maltraités ou non protégés (protection pendant l’épandage des pesticides sur les champs par exemple), à un endroit dans la chaine. 

Bien-être 

La question du bien-être animal (ou de la bientraitance animale) est également pertinente. On utilise des matières premières animales (lait ou protéines de lait par exemple), mais à aucun endroit on évoque la préservation des troupeaux et la transparence vers des pratiques de bientraitance de l’animal. Les ONG et associations de protection des animaux montrent bien avec leurs parutions que c’est aujourd’hui un vrai sujet ! 

Transparence

Enfin, se pose la question de la transparence de Yfood vis-à-vis de son consommateur. On nous raconte de jolies histoires avec de jolis packaging et un joli marketing mais on n’a aucune traçabilité de ce qui est vraiment fait ni de ce qu’on mange/boit vraiment ! 

 Notre Conclusion : Yfood une vraie solution repas ? 

Nous partons du principe que rien n’équivaut à un vrai repas avec de vrais aliments. Surtout en France où l’on a la chance d’avoir une offre extraordinaire dans un des hauts lieux de la gastronomie dans le monde ! Faire cuire des pâtes, quelques légumes et une source de protéines, même au four ou micro-ondes est enfantin et ne prend vraiment pas temps. En plus par repas, cela revient moins cher que des compléments ou substituts. 

Tourefois, on peut être dans le « rush » et à ce moment-là, les substituts de repas peuvent être une solution. Yfood permet de répondre à cela et ferait presque partie des meilleurs acteurs sur le marché. L’entreprise s’est bien approprié l’intégralité des messages marketing et mots clés qui font le buzz sur l’environnement en ce moment : neutralité, compensation, émissions carbone, local, gaspillage alimentaire, économie circulaire, recyclage plastiques, etc. Tout y est. 

Mais ça reste sur le papier. 

Aujourd’hui, au vu de notre décryptage, tu vois bien que le « 100 % avantage, 0 compromis » est en réalité un mensonge marketing sous couvert de greenwashing. 

Tout n’est pas à jeter, loin de là. Mais avant de parler d’éviter « les émissions inutiles », Yfood devrait déjà revoir d’une part l’intégralité de son offre et business model et d’autre part, connaitre l’intégralité des maillons sur ses chaines d’approvisionnement pour apporter au consommateur les meilleurs produits.

 Nous sommes bien évidemment à disposition pour en parler et aider dans cette démarche vertueuse. 

C’est une chose de critiquer, s’en est une autre d’apporter des vraies solutions opérationnelles : nous avons tout ça en stock ! 

 Maintenant, tu le sais. 

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